15 février 2007

Histoire de pirates

Nous sommes devant Beaubourg. Nous nous sommes donné rendez-vous là. Devant Beaubourg.
Il y a une grande exposition Hergé, que je n’irai pas voir, et il pleut. Une pluie fine, très fine, et glacée. Du moins, cette pluie me paraît-elle glacée, à moi. J’ai la fièvre.
Le fait est qu’à Angoulême, je me suis débauché. Un de mes amis, en m’écoutant raconter mes nuits du festival, a ri et fait ce commentaire : "Peur et délire à Angoulême".

Il exagérait. Mais il est vrai que j’ai bu, fumé et dansé comme un imbécile. Un homme d’âge moyen avec un chapeau d’imbécile qui danse comme un rapper drogué jusqu’à l’aube. Joli spectacle… Je suis content de ne pas m’être vu de l’extérieur.
Débauche et danse jusqu’à l’aube, ça suffit, pour un petit corps comme le mien, pour un esprit comme le mien, pour tomber malade.
Je suis devant Beaubourg, avec Patrick, mon nouvel ami. Nous attendons Massimo, mon ami.
Quand Massimo arrive, la première chose que je dis, c’est que je ne ferai pas d’histoires de pirates. Nous en avons parlé, les jours précédents, et là, il me semble très important de préciser que j’ai DÉFINITIVEMENT changé d’avis. Sorry Massimo. Zéro histoire de pirates. Massimo me dit “Dommage”.
Je réalise (juste un instant, et après je me remets à penser le contraire) que, peut-être, le monde ne dépend pas entièrement de mes décisions de raconter telle histoire ou telle autre.

Je dis la même chose à Igort. Je sais très bien que deux jours plus tôt je lui ai pris la tête avec cette idée d’ambiance de pirates et que j’avais l’air passionné. Tout ça, c’est fini, je lui dis. Si vous m’entendez encore parler d’histoires de pirates, filez-moi des claques.

Moi et les pirates, c’est terminé. Ça n’avait même pas commencé. De toute façon, c’est terminé. TER-MI-NÉ.


J’ai raté mon avion pour rentrer en Italie. La faute à la fièvre et aux jolies filles qui me distraient. Je me suis retrouvé dans le RER qui me conduisait à l’aéroport, la feuille d’horaire dans la main, à me rendre compte que ce que j’avais pris pour un huit était en réalité un six, et que l’avion était parti depuis deux heures.

J’ai pris un autre vol. Je l’ai choisi pour l’heure : le samedi, le vol Easyjet Paris-Orly - Pise se fait en plein jour. Ce qui veut dire, avec un peu de chance, les Alpes vues d’en haut, puis la côte et les Alpes Apuane, les bateaux et la mer. Tout cela vu du ciel.
Il y avait des nuages qui ressemblaient à des Pringles. Les chips Pringles, vous voyez ? Quand elles sont encore dans la boîte, en petites tranches minces, pressées les unes sur les autres. Ces nuages étaient disposés de la même façon, comme des Pringles dans leur boîte.

Au moment de l’atterrissage, en descendant au-dessus de la base militaire de Campo Darby (et en ne pensant qu’à une chose : réussir à apercevoir les bombes atomiques cachées dans la pinède) l’avion s’est trouvé face à tout un tas de ces Pringles, il les a contournées et a tourné le dos au soleil. Au milieu de ces deux tours de chips toute blanches en tranches filtrait la lumière du coucher du soleil, et moi, cette beauté me rendait fou. Ça ne m’était jamais arrivé avec les Pringles.

Derrière moi, deux adolescents parlaient de je ne sais quelle saloperie de chanteur de merde, ils avaient les yeux fixés sur le couloir et la lumière du soleil les dérangeait. J’espère que c’était la millionième fois qu’ils traversaient le ciel de cette façon et que maintenant, ils étaient blasés par cette merveille. Si ce n’est pas ça, je forme des vœux pour que leurs parents les suppriment avant qu’ils atteignent l’âge auquel on a le droit de voter

Et puis, à la maison, l’histoire est sortie toute seule. Les deux premières pages, du moins. Elles sont devenues “vraies” quand j’ai trouvé la voix. Et la voix était une prière, un Ave Maria d’un malheureux jeté à l’océan.
Et les dessins sont arrivés, le bon papier s’est révélé, les couleurs sont venues toute seules.
C’est toujours comme ça, maintenant que j’y pense, mais je l’oublie toujours.
C’est difficile d’écrire en étant dans une autre époque. C’est tellement différent des choses que j’ai faites jusqu’à présent. Mais cette prière m’a aidé et maintenant, j’en suis aux vingt premières pages du scénario et je suis content. Effrayé, content. Effrayé.

Nous y revoilà. C’est une histoire de pirates.





Pardon, Vierge Marie.
Pour tout le mal que j'ai fait. Pour tout celui que je n'ai pas empêché les autres de faire.
Pardon, Vierge Marie.


6 Comments:

Anonymous Anonyme ha scritto:

si je devais en etre un...

15/2/07 8:24 PM  
Anonymous laurane ha scritto:

wouah chouette ! super chouette.

15/2/07 9:09 PM  
Anonymous eddy ha scritto:

je confirme, j'étais à angoulême...
sinon, chaque nouvelle planche du maître GIPI est une claque!
c'est marrant, l'homme qui se noie ressemble un peu à Gipi, je trouve...

17/2/07 3:45 PM  
Anonymous li-chin ha scritto:

Je suis ravie de te voir à Angoulême, mais on n'a pas pu discuter un peu plus à cause du fil d'attente pourle dedicasse...J'aurais aimé te voir danser! :)

Potrei tradurre questa pagina per le lectori del mio paese?

19/2/07 3:08 PM  
Anonymous François Matton ha scritto:

Je découvre ce blog et j'en suis ravi ! Vos aquarelles donnent vraiment envie d'abandonner photoshop...
Bravo et merci.

22/3/07 5:21 PM  
Blogger Jeronimo ha scritto:

Lors d'une soirée angoumoise fort embrumée, dans une salle absurde et baroque, c'est un Gipi rond comme son chapeau que j'aperçoit essayant de danser avec ses jambes. J'hésite...et tente un... Gipi? Alors de grands bras s'ouvrent et c'est l'accollade, d'éloquents "Haaaaa!", "Heeeeey!" se laissent pousser, et je repars avec le sourire du jeune homme fasciné par l'artiste italien bourré. Je me suis rappelé en te lisant ici, que nous avions bu et ri, et que je passai alors un moment des plus savoureux de ce festival. Merci, j'avais oublié!

14/6/07 6:12 PM  

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